Textes écrits en ateliers

                                                                   

L'HABITUDE

Elle se cache derrière les jours qui se ressemblent, du lever au coucher,

rythmés par la torpeur de gestes maîtrisés qui procurent une illusion de contrôle,

 

Elle se cache dans le cadre rassurant des jours à venir, programmés pour que rien ne surprenne,

 

Elle se cache dans le cadre rigide des pensées immuables et figées qui enferment,

 

Elle se cache dans le sentiment trompeur de protection de son petit univers, 

 

Elle se cache dans le bien-être apparent né de trajectoires sans heurts,

 

Elle se cache dans le calme qui veut ignorer les tempêtes,

 

Elle se cache dans les tableaux monochromes qui n’éclaboussent pas,

 

Elle se cache dans la résignation douce,

 

Elle se cache dans le repli sur soi,

 

Elle efface la vie à petit feu,

L’habitude.

Laurence S.

L'HABITUDE

Elle est venue à petits pas,

Sans trop de gestes ni de cris.

Longtemps je ne la voyais pas,

Mais aujourd'hui elle est ici.

 

Tous les matins devant la glace

Je la vois à côté de moi.

Elle occupe toute la place,

Et en la vie je n'ai plus foi.

 

Je me sens enchaînée à elle,

Comme un buveur à son alcool,

Et je ne me vois plus, ni belle,

Ni laide, tout juste un peu folle ?

 

Chez moi, en ville elle est l'amie

Qui a fait fuir mon entourage,

M'isolant de tout ce qui vit

En me forçant à être sage.

 

Enfermée dans ma solitude,

Je vieillirai, par habitude.

Marie-Hélène G.



 

A la manière de Francis Ponge (Le parti pris des choses)

La casserole

En bel acier trempé brillant, élégante,

Tu contiens notre pitance.

Réceptacle sacré, on aime à te chauffer.

On te brasse, on te brusque, on t'attrape par la queue.

Tu émets un sifflement plaintif quand tu arrives à ébullition.

Et le pire c'est quand tu débordes : on te crie dessus, tu sembles incomprise.

Puis quand on t'oublie sur le feu et que tu attaches, la paille de fer vient d'abord te chatouiller, te gratter pour finir par t'écorcher.

Fabienne G.

                     Une homéotéleute

Rupture

 

Marchant dans la nuit,

Comme traquée, elle forçait son allure.

Elle souriait intérieurement de sa si sympathique figure.

Puis tressaillait à chaque bruit de moteur de voiture.

Déjà, elle ne trouvait plus sa décision si mûre.

Peut-être souhaiterait-elle le retrouver dans un proche futur.

Fabienne G.

                                   L'homme qui.....

L’homme qui pleure. Ce n’est pas courant pour un homme de pleurer, en ce monde patriarcal, où l’homme avec un petit H doit être viril, au charisme indiscutable. Lui, pleure, de tristesse, de joie, de peur, de surprise, bref il pleure d’émotion. Il ne peut garder ce qu’il a au fond de lui. C’est un comble quand on voit sa beauté, sa corpulence, il a tout de l’homme mûr, mystérieux, ténébreux s’il le voulait. Mais non, son regard est pétillant, son visage si expressif, et ses larmes aiment glisser sur ses joues rosies.
Pas de quoi en faire un drame me direz-vous, mais comment réagir à la moquerie de ses amis devant sa tristesse empathique pour Rose qui abandonne Jack au fond de l’Arctique ? Comment retenir sa joie quand sa sœur lui annonce qu’il va être tonton ?
Il se sent différent, regardé par les autres gens, alors qu’il en est persuadé, tout le monde a des sentiments. Pourquoi les refouler ? Peut-être pour ne plus assumer la dure responsabilité d’être l’homme de la maison, l’homme qui sait tout faire, qui gère tout. Non, il n’en veut pas, car il ne sait pas, et il ne veut pas savoir ! Il ne veut pas apprendre à chasser, à monter un meuble Ikea, à percer un mur, à conduire des voitures de sport, à courir après un ballon. Ce qu’il veut ? Avoir son potager, donner de l’amour à sa fille, faire rire sa femme, promener son chien, pleurer quand il l’enterrera dans le jardin. Pleurer, encore et toujours, pour ne pas oublier qui il est. Juste un homme avec un grand H.

Mariette C.