Textes écrits en atelier

A la manière d'un texte mythologique

avec pour héros Coronavirus, AstraZeneca , Pfizer                                                              

 

Ils m’ont donné une couronne avant de me lâcher sur le monde. Mes créateurs, ces êtres vêtus de blanc, qui vivent dans un monde de lumière, m’ont confié une mission divine : rappeler aux hommes qu’ils ne sont que des êtres de chair, et qu’ils doivent rester à leur place. Car ils ont envahi la Terre et oublié les lois naturelles. Alors moi, Covid le dix-neuvième, je suis venu pour les châtier. Je frappe au hasard, aveuglément, leur rappelant leur condition d’êtres inférieurs, soumis à la volonté de mes maîtres, qui ont su transcender leur propre condition humaine pour maîtriser la création de la Vie elle-même. Bientôt, grâce à moi, leur nombre aura suffisamment diminué pour soulager la Terre qui souffre tellement de leur attitude destructrice et auto-destructrice.

Mais ils se croient plus puissants qu’ils ne le sont réellement ! Et voici qu’ils ont envoyé leurs champions, qu’ils ont eux-mêmes créés. Mais des êtres imparfaits peuvent-ils créer quelqu’un d’assez fort pour m’arrêter ? Le premier, Zénéca, venu des Astres, à ce qu’ils prétendent, a voulu fortifier les villes pour m’en interdire l’accès. Beaucoup ont chanté ses louanges, avant d’apprendre qu’il était lui aussi dangereux. Mais tout imparfait qu’il soit, il a été créé par des hommes, et dans son manque de discernement, l’humanité croit en lui ! Les pauvres fous ! Ne savent-ils pas que mes maîtres, les seuls vrais créateurs, peuvent imposer leur volonté sur tous ? Non seulement, Zénéca, venu des Astres, ne peut lutter contre moi, mais en plus, il m’assiste dans ma mission de créer la peur chez les hommes, afin qu’ils se soumettent à la volonté des vrais maîtres de la vie.

Pourtant, ils persistent, et m’envoient d’autres champions. Celui venu du Nord, au nom imprononçable, se dresse à présent devant moi. « Je suis Pfizer », me dit-il, « et je viens mettre fin à la malédiction que tu as lancé sur la Terre. » Je le regarde. Il bombe le torse, me couvrant de son mépris. Mais je réponds d’un rire. La colère envahit ses traits et ses poings se serrent. Mon rire se fait plus fort. Outré, il me lance d’un ton furieux : « te crois-tu invincible ? Bientôt tous les humains connaîtront mon nom, et ceux des autres champions qui sont prêts à te combattre dans d’autres parties du monde ! Tu es fini, il est temps que tu le reconnaisses ! » Mais je n’ai même plus besoin de rire. Un simple sourire flottant sur mes lèvres, je lève la main. Alors, sortant des ombres qui les dissimulaient aux yeux de mon adversaire, mes enfants apparaissent. Pfizer blêmit. Il l’a compris : nous sommes légion. Et tous différents. Il n’aura pas le temps de s’adapter avant que nous ne menions notre mission à bien. Nous punirons les humains. Nous sommes les Vengeurs.

Marie-Hélène

 

L'HABITUDE

Elle se cache derrière les jours qui se ressemblent, du lever au coucher,

rythmés par la torpeur de gestes maîtrisés qui procurent une illusion de contrôle,

Elle se cache dans le cadre rassurant des jours à venir, programmés pour que rien ne surprenne,

Elle se cache dans le cadre rigide des pensées immuables et figées qui enferment,

Elle se cache dans le sentiment trompeur de protection de son petit univers, 

Elle se cache dans le bien-être apparent né de trajectoires sans heurts,

Elle se cache dans le calme qui veut ignorer les tempêtes,

Elle se cache dans les tableaux monochromes qui n’éclaboussent pas,

Elle se cache dans la résignation douce,

Elle se cache dans le repli sur soi,

Elle efface la vie à petit feu,

L’habitude.

Laurence 

L'HABITUDE

Elle est venue à petits pas,

Sans trop de gestes ni de cris.

Longtemps je ne la voyais pas,

Mais aujourd'hui elle est ici.

 

Tous les matins devant la glace

Je la vois à côté de moi.

Elle occupe toute la place,

Et en la vie je n'ai plus foi.

 

Je me sens enchaînée à elle,

Comme un buveur à son alcool,

Et je ne me vois plus, ni belle,

Ni laide, tout juste un peu folle ?

 

Chez moi, en ville elle est l'amie

Qui a fait fuir mon entourage,

M'isolant de tout ce qui vit

En me forçant à être sage.

 

Enfermée dans ma solitude,

Je vieillirai, par habitude.

Marie-Hélène 



 

A la manière de Francis Ponge (Le parti pris des choses)

La casserole

En bel acier trempé brillant, élégante,

Tu contiens notre pitance.

Réceptacle sacré, on aime à te chauffer.

On te brasse, on te brusque, on t'attrape par la queue.

Tu émets un sifflement plaintif quand tu arrives à ébullition.

Et le pire c'est quand tu débordes : on te crie dessus, tu sembles incomprise.

Puis quand on t'oublie sur le feu et que tu attaches, la paille de fer vient d'abord te chatouiller, te gratter pour finir par t'écorcher.

Fabienne 

Rupture

Marchant dans la nuit,

Comme traquée, elle forçait son allure.

Elle souriait intérieurement de sa si sympathique figure.

Puis tressaillait à chaque bruit de moteur de voiture.

Déjà, elle ne trouvait plus sa décision si mûre.

Peut-être souhaiterait-elle le retrouver dans un proche futur.

Fabienne 

                                   

L'homme qui.....
L’homme qui pleure. Ce n’est pas courant pour un homme de pleurer, en ce monde patriarcal, où l’homme avec un petit H doit être viril, au charisme indiscutable. Lui, pleure, de tristesse, de joie, de peur, de surprise, bref il pleure d’émotion. Il ne peut garder ce qu’il a au fond de lui. C’est un comble quand on voit sa beauté, sa corpulence, il a tout de l’homme mûr, mystérieux, ténébreux s’il le voulait. Mais non, son regard est pétillant, son visage si expressif, et ses larmes aiment glisser sur ses joues rosies.
Pas de quoi en faire un drame me direz-vous, mais comment réagir à la moquerie de ses amis devant sa tristesse empathique pour Rose qui abandonne Jack au fond de l’Arctique ? Comment retenir sa joie quand sa sœur lui annonce qu’il va être tonton ?
Il se sent différent, regardé par les autres gens, alors qu’il en est persuadé, tout le monde a des sentiments. Pourquoi les refouler ? Peut-être pour ne plus assumer la dure responsabilité d’être l’homme de la maison, l’homme qui sait tout faire, qui gère tout. Non, il n’en veut pas, car il ne sait pas, et il ne veut pas savoir ! Il ne veut pas apprendre à chasser, à monter un meuble Ikea, à percer un mur, à conduire des voitures de sport, à courir après un ballon. Ce qu’il veut ? Avoir son potager, donner de l’amour à sa fille, faire rire sa femme, promener son chien, pleurer quand il l’enterrera dans le jardin. Pleurer, encore et toujours, pour ne pas oublier qui il est. Juste un homme avec un grand H.

Mariette